Just

Par une réécriture décalée des chansons à l’origine de la recherche, l’ambition est de rester suffisamment proche des chansons originales pour leur permettre d’être reconnues et parler à chaque auditeur. Déplacer quelque peu l’écoute pour ré-entendre ce que les chansons nous racontent, sortir du chantonnement et des habitudes d’écoute d’un concert classique pour amener le spectateur à reconsidérer l’expérience du concert. S’agit-il d’un concert de cover? D’un concert classique? Faut-il nécessairement définir le genre musical utilisé pour le cerner, l’entendre et l’apprécier?

En utilisant des instruments tels que le violoncelle, l’alto et les percussions, mais aussi les voix féminines et probablement les violes de gambe, flûte et guitare, les chansons de Léonard Cohen et Marianne Faithfull reçoivent le petit décalage qui permet de les reconnaître sans tout à fait les connaître. Passer de l’écriture renaissance de Stefano Landi à Alain Barrière et Jean Ferrat ne paraît pas évident, quoique. Ne chantent-ils pas l’amour de la vie, chacun sur le mode de la chanson de l’époque qu’ils vivent? Une instrumentation plurielle et atypique ouverte par les pratiques multi-instrumentistes des musicien.ne.s guide l’auditeur dans ce chemin intérieur de nos cavernes et lumières retrouvées.

Just – L’origine du projet

Qu’est-ce qui relie Léonard Cohen aux chants de la renaissance, à David Lang et à Alain Barrière? Qu’est-ce qui les fait coexister dans une playlist petit à petit accumulée, rassemblée sans réellement y réfléchir, mais dont l’écoute révèle un sentiment d’un petit quelque chose qui se dessine?

Trois ans de recherche, doutes, questions, bouleversements existentiels trouvent leur réponse dans une succession de chansons, chants, morceaux. Est-ce un hasard si le cantique des cantiques ou les prières de Yom Kippour sont la genèse de certaines de ces chansons ?

2020 entamée avec la fatigue des jeunes parents émerveillés par les premiers (é)mois de deux jeunes enfants, a sonné l’arrêt du monde entier. Alors que nous entendions que la musique n’était pas essentielle, elle a guidé mes pas hésitants de jeune parent qui se demande ce qu’elle inflige à ses enfants en leur imposant la vie, cette vie confinée. Comment être adulte et parent, dans ce climat d’angoisse jamais vécu? Comment accompagner les premières découvertes et premières joies, et ne pas les teinter de la noirceur qui s’imposait à moi? Comment respirer, avancer, continuer et transmettre un amour de la vie quand on ne sait plus ce qu’elle est? 

Sans réponse aucune, le sentiment de traverser ces trois années d’hébétude avec uniquement le radar de la routine quotidienne s’est souvent imposé, avec pour seule ponctuation, de temps à autres, un peu de musique dans les oreilles. Petit à petit, des morceaux se sont joints bout à bout, créant un patchwork dont le sens n’était pas évident. A l’écoute de ces morceaux mis bout à bout, petit à petit,  s’esquisse un redémarrage. Depuis le fond de la caverne, la musique a mis de la saveur aux journées qui s’écoulaient, et a finalement donné un sens et une direction à cette torpeur. 

Qu’est-ce que cela donnerait, si on rendait à la musique sa place essentielle? Si l’on accepte qu’elle est justement, cet élément qui nous réinsuffle la vie? N’a-t-elle pas ce pouvoir de transformer notre état d’être? A la façon d’une révélation divine, d’une transcendance, Just – after songs of songs de David Lang a peu à peu amené sa lumière à une succession de chansons. Et si la réponse à ces grands pourquoi et comment était: Juste. Juste. L’odeur de ta peau, de ton corps, et mon cœur.  

Dans ce balancier d’angoisses anesthésiantes, qu’est-ce qui nous fait continuer, nous sort de la torpeur, nous happe pour soudain tomber dans la grâce ? Just propose un échantillon de la très large palette de nos errances, petits doutes, grandes peurs, bercés et sortis de leurs gonds par la musique. Dans cet étrange karaoké orchestré pour un mélange d’instruments classiques et anciens, les musiciens provoquent un voyage au cœur de la musique, la poésie et les chansons qui, d’où qu’elles viennent, les sort de leurs habitudes, grattent, redonnent du souffle et de la vie.

Just a l’ambition de faire revivre ce qui a tant été déconstruit lors des confinements: partager un moment, ensemble traverser des émotions. Découvrir que nous sommes autant tous qu’ un, à travers ces airs qui nous chatouillent et nous font vibrer, qu’on parle théâtre, danse ou musique, que notre langage soit pluriel ou singulier. N’est-on pas tous et toutes transportés par ces quelques notes qui nous ramènent à de lointains ou proches, heureux ou tristes souvenirs? 

Musiciens / Musiciennes:

  • Clara Legros: voix
  • Anne Bernard: voix, guitare, viole de gambe
  • Lydie Thonnard: voix, flûte
  • Esther Coorevits: alto
  • Andres Navarro: percussions
  • Yseult Kervyn: violoncelle, direction artistique
  • Gaëlle Hyernaux: compositions / arrangements
  • Lionel Polis: arrangements
  • Alexis Bourdon: compositions / arrangements